En décidant le 17 juillet que la vitamine C est un médicament au-delà de 150 milligrammes par jour, et doit donc être délivrée en pharmacie, le tribunal de grande instance d'Angers a fait un immense plaisir à la chambre syndicale des pharmaciens du Maine-et-Loire, qui poursuivait 7 supermarchés pour la vente de vitamine C dosée à 180 milligrammes. Sur la foi de témoignages d'experts, le tribunal a jugé que "l'utilisation prolongée à des doses supérieures à l'apport quotidien recommandé (60 à 100 milligrammes) entraîne certaines conséquences : insomnie, excitation, formation possible de calculs rénaux" et que "la vitamine C a un rôle thérapeutique à partir du dosage de 150 milligrammes par jour.
Pourtant, 25000 études expérimentales, cliniques et épidémiologiques ont été consacrées à la vitamine C depuis sa synthèse en 1933. Aucune n'apporte la preuve qu'une consommation de quantités élevées, ou même très élevées, s'accompagne d'effets secondaires. Plus troublant : le Dr Mark Levine (institut américain de la santé Bethesda) a conclu, l'an dernier, au terme d'une étude d'une exceptionnelle rigueur, que le besoin quotidien de l'homme est de... 200 milligrammes. Le jugement du tribunal d'Angers serait-il léger scientifiquement ? Pour l'appliquer à la lettre, les supermarchés devraient aussi cesser la vente de jus d'orange, dont une bouteille d'un litre apporte la dangereuse dose de 500 milligrammes.